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Les conséquences de l’épidémie covid19 à l’Agora


04.12.2020

 « Le plus compliqué est de dire à quelqu’un qui a froid qu’il doit laisser sa place à quelqu’un d’autre » : en huit mois, les conséquences de l’épidémie ont plongé l’Agora dans une équation difficile.

Alors que les mesures sanitaires restreignent ses capacités d’accueil, l’accueil de jour Agora fait face à une augmentation du nombre de demandeurs. Chronologie d’une situation en tension.

Distribution de masques et gels à l'Agora, le 23 octobre 2020

Distribution de masques et gels à l’Agora, le 23 octobre 2020

Habitué à enregistrer 300 passages quotidiens, l’accueil de jour Agora (Paris Centre) a dû restreindre ses horaires et sa capacité d’accueil pendant le confinement : une ouverture au public le matin seulement, pour une jauge de 10 personnes, avec roulement. Les entretiens avec les équipes de travail social et les activités collectives ont été suspendues. « L’accueil au printemps se résumait à des prestations sommaires. Les accueillis pouvaient prendre un café à boire l’extérieur, avec une distribution de masques et kits d’hygiène. A l’intérieur : pas plus de 10 personnes, seulement pour se reposer ou aller aux toilettes. La jauge fonctionnait avec un système de roulements. » explique Tony Palma, chef de service à l’Agora.

Au sous-sol, le dispositif de halte de nuit a pu rester ouvert sans toutefois accueillir de nouvel entrant afin de limiter les risques de contamination, tandis qu’une chambre de confinement avait été ouverte pour isoler une personne malade le temps de trouver une prise en charge adaptée.

A partir du 2 juin, les équipes ont mis en place un plan de déconfinement et réouvert peu à peu les prestations. Une nouvelle jauge augmentée à 30 personnes le matin et des rendez-vous l’après-midi. Accès aux douches et à la buanderie, permanences médicales, entretiens sociaux et activités collectives ont progressivement repris. Théâtre, capoeira ou yoga, les ateliers ont permis de recréer du lien et une cohésion entre les accueillis « qui avaient besoin d’une échappatoire », commente Ombeline de la Teyssonnière, animatrice de l’atelier théâtre.

Durant ces 8 derniers mois, l’Agora a été confrontée à une augmentation importante du nombre de demandeurs. Parmi eux, des jeunes en errance venus rue des Bourdonnais le temps que leurs structures d’accueil habituelles réouvrent. Un profil que les équipes n’avaient pas l’habitude de rencontrer. En juillet 2019, l’Agora accueillait 4.958 personnes dont 406 femmes. À la même période en 2020, ce sont 6.264 personnes qui ont été accueillies ; la proportion des femmes ayant doublé. Cette évolution des personnes en situation de précarité s’accompagne d’un aggravement de leur situation. Pour Tony Palma, « les personnes fragiles psychiquement ont perdu pied. De notre côté, nous nous retrouvons face à un nombre de plus en plus important de demandes auxquelles il nous est difficile de répondre. Pour les équipes, le plus compliqué est de faire respecter les roulements et de dire à quelqu’un qui a froid qu’il doit laisser sa place à quelqu’un d’autre ».

Avec le reconfinement, le public accueilli à l’Agora est encore mis à l’épreuve et la baisse à venir des températures inquiète. Selon Raphaël Parenti, coordinateur social, « l’arrivée du froid est une autre difficulté à venir » : malgré une jauge maintenue à 30 personnes, « il faudra attendre son tour dehors ».

Afin de desserrer la pression matinale sur l’Agora, l’association a mis en place depuis le 17 novembre, une distribution de 60 petits déjeuners solidaires dans les locaux de l’ancienne mairie du 4ème arrondissement.

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