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L’évolution du projet associatif au cœur des Assises 2022 de la branche Action Sociale et Logement du mouvement Emmaüs


05.04.2022

Après deux ans de pandémies et de confinements successifs, les modes d’action sociale des associations ont été bouleversés en profondeur. Alors comment construire l’intervention sociale de son association en 2022 ? Comment renouveler les pratiques et l’engagement associatif ? C’est à ces vastes questions que tentaient de répondre les Assises 2022 de la branche Action Sociale et Logement du mouvement Emmaüs, les 30 et 31 mars derniers.

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C’est au CISP Maurice Ravel, dans le 12e arrondissement de Paris, que se sont rassemblés les bénévoles et les professionnels de la branche Action Sociale et Logement du mouvement, qui regroupe 17 structures dont Emmaüs Solidarité et la fondation Abbé Pierre, tenues les Assises 2022 de la Branche Action et Logement d’Emmaüs France. Cet événement avait pour objectif d’analyser les mutations du fait associatif du « Monde d’après ».

« Montrons que nous savons bien accueillir »

« Aucune guerre n’est jamais remportée. Elles ne sont même jamais combattues. Le champ de bataille ne fait que révéler à l’homme sa folie et son désespoir. » C’est par ces mots de l’abbé Pierre qu’ont été lancées les Assises 2022, ouvrant par un point de contexte sur la situation des communautés Emmaüs ukrainiennes d’Oselya et de Nasha Khata, et l’accueil des réfugiés Ukrainiens en France.

Depuis le 24 février, les chiffres racontent à eux seuls l’ampleur du drame : 10 millions de personnes déplacées, soit un quart de la population, 4 millions de réfugiés, dont 2 millions pour la seule Pologne. En France, ce sont près de 30 000 Ukrainiens qui ont été accueillis, avec une mobilisation inédite. « Du point de vue de l’accueil, on est sur du jamais-vu dans le traitement des situations des personnes et leur accès au droit et aux prestations sociales, déclare Bruno Morel, directeur général d’Emmaüs Solidarité. Cependant, nous sommes contraints de voir le verre à moitié vide, avec de grandes inquiétudes sur la répartition géographique et la pérennité des dispositifs de solidarité. Montrons que nous savons bien accueillir et demandons que les conditions exceptionnelles à ce sujet puissent être améliorées ! » Et Jean-François Maruszczak, directeur général d’Emmaüs France, d’estimer que « Kafka n’est jamais très loin » quand il s’agit de faire correspondre les ambitions politiques et les moyens donnés aux associations pour les atteindre.

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La démocratie associative, plus qu’un projet, une raison d’être

Les moyens, justement. Voilà une question centrale pour toutes les associations. Alors que les associations de lutte contre la précarité et l’exclusion sont incontournables pour le vivre ensemble, et remplissent des missions d’intérêt général, l’environnement dans lequel elles évoluent ne cesse de se complexifier, tant du point de vue des modes de financement que des engagements.

Et si les maîtres mots pour répondre à ces défis étaient la démocratie et l’empowerment ? C’est en tout cas les orientations prônées par les associations du mouvement, qui comptent notamment sur le renouvellement démocratique régulier de leurs chartes de valeurs pour ne pas « céder à l’énergie du militant la capacité du gestionnaire ». De même, pour Yannick Blanc, vice-président de La Fonda, « la démocratie associative est la capacité pour un collectif à être présent et actif de manière pertinente au moment de l’action. C’est être pleinement engagé dans l’action sans oublier les fondamentaux et les valeurs. En ce sens, la charte des valeurs est le document le plus fondamental des associations, bien plus que les statuts. » Inclure les personnes concernées dans les prises de décisions des associations, confronter les positions à leurs vécus, renforcer sa présence au niveau local, autant de pratiques qui permettent concrètement de renforcer le projet associatif.

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Se connecter au terrain pour mieux porter la voix des sans-voix

Pour toutes les associations, la crise sanitaire a été un moment de choc. Selon Frédérique Kaba, directrice des missions sociales de la Fondation Abbé Pierre : « Pour de très nombreux publics, comme les jeunes, on savait qu’ils étaient précaires, mais la crise sanitaire nous a donné une gifle par l’ampleur de cette précarité ». Même son de cloche pour Kamel Guemari, membre fondateur de l’Après-M, association d’aide alimentaire de Marseille invitée par Emmaüs France pour présenter leur action : « Dans nos quartiers, les gens avaient moins peur de mourir du Covid que de mourir de faim. Il fallait agir rapidement et concrètement. »

Dans ce contexte, les associations ont œuvré tant bien que mal pour lutter contre les effets de la crise. Mais difficile de dépasser le repli sur soi, l’isolement et parfois la honte engendrée par la misère, renforcée par les confinements successifs.

C’est justement pour combler ces manques que de nombreuses initiatives citoyennes ont émergé en 2020 et 2021. Le Collectif Cent pour Un à Mulhouse, l’Après-M à Marseille, Espoirs Jeunes au Blanc-Mesnil, autant de collectifs qui ont pris avec le confinement le relais, au niveau local, pour maintenir la solidarité. Construire du lien social, toquer à la porte des plus vieux et des plus isolés pour prendre des nouvelles, développer le soutien éducatif et professionnel… des engagements partagés sur le terrain, qui tendent à se généraliser. Et Kamel Guemari de conclure : « Il n’y a pas mieux que ceux qui ont ressenti la misère pour l’exprimer et la combattre. Le combat contre la pauvreté, il ne se fait qu’en regardant les territoires, et en développant les bonnes pratiques qui en sont issues. »

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L’engagement solidaire de l’Espace Solidarité Insertion Familles, un nouveau projet d’accueil et d’accompagnement social

C’est après quelques mots du directeur général adjoint d’Emmaüs Solidarité, Lotfi Ouanezar, qu’a été présenté le projet Engagement Solidaire de l’Espace Solidarité Insertion Familles géré par l’association dans le 15ème arrondissement. Ce dernier consiste en la participation de personnes précédemment accompagnées par les équipes, au développement d’un nouvel accompagnement social. « Avec ce projet, nous voulions réfléchir à une réponse alternative, à une action et un engagement solidaire », explique Valérie Corbin, Cheffe de Service au sein de l’association.

Mis en place depuis 2016 pour gérer au mieux la forte affluence des familles en situation de rue, le système « d’équipiers » propose aux personnes accueillies à l’ESI, de devenir à leur tour « accueillantes », dès lors que leurs situations se sont stabilisées. En binôme avec des salariés de la structure, les équipiers interviennent sur les espaces collectifs pour co-animer des activités de jeux pour les enfants, de cuisine ou encore d’informatique,.

La formation des équipiers à travers de nombreux ateliers et la bienveillance des salariés permet la création de liens et de relation de confiance envers les nouveaux arrivants. Ce que partage Cécile, salariée depuis novembre 2000 : « l’équipe est une présence au quotidien dans notre travail, mais aussi un enrichissement fort auquel on tient. C’est de l’expérience, un faire ensemble, un échange important ».

L’ESI Familles est un accueil de jour, ainsi qu’un échange mutuel entre salariés, équipiers et personnes accueillies, permettant de lutter contre la discrimination, de favoriser la réinsertion, tout en restant fidèle aux valeurs d’Emmaüs et des discours de l’Abbé Pierre : « Emmaüs m’a donné plus que du temps, c’est des sentiments », témoigne Naïra, équipière depuis 2017.

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