Un groupe d’enfants participe à un atelier de lecture avec 2 travailleurs sociaux à la Maison des réfugié·es.
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Replacer l’enfant au cœur de l’accompagnement

Depuis la rentrée 2024, le COPIL Naître & Grandir porte, au sein d’Emmaüs Solidarité, une réflexion collective sur la place des enfants dans l’accompagnement social. Une initiative née du terrain qui vise à mieux prendre en compte les besoins spécifiques des enfants accueilli·es, de plus en plus nombreux au sein des structures.

Car la réalité a évolué. Aujourd’hui, près de 30 % des personnes hébergées sont des enfants.

Et contrairement à ce que prévoyaient initialement certains dispositifs d’urgence, ils ne sont plus seulement de passage. « Ils naissent et grandissent dans nos structures », rappellent Marion Giovanangeli, cheffe de projets, qui pilote ce comité. 

On ne peut plus les considérer uniquement à travers l’accompagnement de leurs parents. 

 

Une initiative née du terrain

À l’origine du COPIL, un constat partagé par les équipes : les enfants sont de plus en plus nombreux dans nos structures, et leurs durées de séjour s’allongent. Ils n’y transitent plus, ils y grandissent. Face à cette réalité, la nécessité de structurer un accompagnement à la hauteur de leurs besoins spécifiques s’est alors imposée.

« Les réflexions viennent vraiment du terrain », explique Marion Gonçalves, chargée de développement Naître & Grandir et référente expression et participation des enfants. « Il y avait beaucoup d’initiatives locales, mais peu de cadre commun. L’idée a été de créer un espace pour structurer, mutualiser et aller plus loin. »

Depuis, le COPIL s’est doté d’une note de cadrage, de groupes de travail thématiques et d’axes stratégiques clairs. L’objectif : que les professionnel·les soient suffisamment outillé·es  pour garantir à chaque enfant un accueil et un accompagnement dignes, prenant pleinement en compte leurs besoins spécifiques.

 

Mieux comprendre pour mieux accompagner

Au cœur de la démarche, une conviction forte : replacer l’enfant comme acteur·ice à part entière de son développement.

Cela passe par une meilleure compréhension de ses besoins, mais aussi par une évolution des pratiques professionnelles. Santé, petite enfance, aménagement des espaces, lutte contre les violences ou encore accès à la culture et à la citoyenneté : cinq grands axes structurent aujourd’hui les travaux du COPIL.

« Comprendre l’enfant, c’est accompagner l’adulte autrement », résume Stéphanie Pechikoff, la psychologue clinicienne qui accompagne le projet. Une approche qui invite à repenser l’accompagnement dans son ensemble, en intégrant pleinement les enjeux liés à l’enfance et à l’adolescence.

 

Des outils concrets pour les équipes

L’une des forces du COPIL Naître & Grandir réside dans sa capacité à transformer ces réflexions en actions concrètes.

Parmi les projets emblématiques : la création d’un Conseil de Vie des Enfants. Inspiré des conseils de vie sociale, ce dispositif permet aux enfants de s’exprimer, de participer à la vie collective et de développer des valeurs de citoyenneté. Un kit pratique à destination des équipes a été élaboré afin de faciliter la mise en place d’un Conseil de Vie des Enfants. L’objectif étant une mise en place de cette instance dans l’intégralité des centres familles.

Autre outil en cours de déploiement : un carnet d’accueil pensé spécifiquement pour les enfants, décliné en 5 versions selon les tranches d’âge. Ces carnets ont vocation à devenir un support concret pour les équipes comme pour les familles, dès les premiers jours de l’hébergement.

« L’idée, c’est vraiment d’outiller les professionnel·les », précisent Marion Giovanangeli et Marion Gonçalves. 

Mais aussi de leur apporter du soutien. Beaucoup nous disent qu’ils se sentent moins seuls. 

 

Créer du lien et rompre l’isolement

Au-delà des outils, le COPIL joue aussi un rôle essentiel de mise en réseau.

Dans des structures parfois isolées, il offre aux équipes un espace pour échanger, mutualiser leurs pratiques et bâtir ensemble des réponses adaptées. Un ancrage collectif qui fait la force du projet.

C’est dans cet esprit que s’est tenue la journée Naître & grandir le 31 mars à la Maison des réfugié·es, rassemblant plus de 110 professionnel·les et partenaires. Un moment clé pour valoriser le travail engagé et confirmer la pertinence des orientations prises.

« Ça a légitimé notre travail », confient-elles. « On a senti que ça parlait à tout le monde. »

 

Une dynamique appelée à se renforcer

Et la suite est déjà en marche. Déploiement des outils, accompagnement des équipes sur le terrain, nouveaux groupes de travail, notamment autour des vacances des enfants, ou encore diffusion des carnets d’accueil, à l’occasion de la Journée internationale des droits de l’enfant en novembre : les chantiers sont nombreux.

Plus qu’un projet, Naître & Grandir s’impose aujourd’hui comme un véritable levier de transformation des pratiques.

« On est partis d’un constat, puis d’actions concrètes, et aujourd’hui c’est devenu une orientation stratégique », résument Marion Giovanangeli.

Une évolution qui témoigne d’une ambition claire : faire en sorte que chaque enfant accueilli puisse grandir dans un cadre plus adapté, plus sécurisant et plus digne.

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