Rapport de l'état du mal-logement 2026 par la Fondation pour le Logement
La Fondation pour le Logement, membre du Mouvement Emmaüs, a publié le 31ème Rapport sur l'Etat du mal-logement, inquiétant et qui annonce une année 2026 fragile pour la lutte contre le mal-logement. Comme chaque année, le rapport se concentre sur des thématiques en supplément des chiffres du mal-logement. Vous retrouverez ci-dessous un court résumé sur certains chapitres.
Les chiffres du mal-logement
Malheureusement, les indicateurs du mal-logement se dégradent tous. 4,2 millions de personnes sont mal logées en France, dont 350 000 sont sans domiciles fixes (situation de rue, hébergements, hôtels, CADA). Le parc d’hébergement généraliste stagne à 203 000 places depuis quatre ans malgré les besoins, ce qui n’est pas à la hauteur, si bien que les autorités en arrivent chaque jour à bafouer le droit à l’hébergement. Une des données les plus préoccupantes est celle des enfants à la rue : aujourd’hui, plus de 2 000 enfants n’ont aucune solution d’hébergement (données d’un décompte réalisé fin août 2025), dont 503 de moins de trois ans et 171 bébés de moins d’un an. Malgré les appels au 115 par les ménages, aucune solution d’hébergement ne leur a été proposée.
Construction et attribution des logements
Il y a une chute de la production neuve avec 85 000 logements sociaux financés en 2024, ce qui est loin de répondre aux besoins : il y a désormais une file d’attente de 2,9 millions de ménages pour un logement social en France. Le logement social est délaissé : on observe une hausse de la TVA sur la construction de logement social et une ponction exercée par l’Etat sur les organismes HLM de 1,3 milliard d’euros.
Les deux plans Logement d’Abord (2017 et 2023) ont tracé le bon chemin, appuyés par les collectivités et les associations. Pour rappel, la politique du Logement d’abord veut faire du logement la condition première de l’insertion. Plus de 100 000 personnes sans domicile accèdent à un logement chaque année, 710 000 depuis 2018. Le pourcentage d’Hlm qui leur sont attribués a doublé (8 % des attributions) et la création de places se poursuit en intermédiation locative (55 000 depuis 2018) et en pensions de famille (10 000 depuis 2016).
Mais la montée en puissance du Logement d’abord est freinée par la précarisation administrative des personnes exilées, une réduction de l’offre de logement sociaux accessibles aux personnes sans-abris ou encore par la poursuite d’une politique essentiellement répressive à l’égard des habitants de bidonvilles.
Dans son rapport, la Fondation indique différents outils de la politique du logement et de l’action sociale à renforcer, à l’échelle des communes :
- production de logements très sociaux (pensions de famille, PLAI-adaptés, offre suffisante de PLAI aux loyers sous plafonds APL, captation de logements privés à vocation sociale…)
- attributions Hlm
- résorption des bidonvilles avec un accompagnement social des personnes
- accompagnement des ménages à la rue, en sortie d’institutions (ASE, prison, psychiatrie…) ou menacés d’expulsion
600 000 personnes hébergées chez un tiers : un phénomène invisible
Parmi les personnes privées de logement personnel apparaissent 643 000 personnes hébergées chez des tiers de manière très contrainte. Ces chiffres sont à prendre “ avec des pincettes” car de nombreuses situations d’hébergement chez un tiers passent sous les radars des outils statistiques. Plusieurs contextes dans ces situations :
- rupture conjugale qui entraîne une décohabitation puis d’être hébergé chez une ou un proche
- décohabitation des jeunes adultes : étudiants ou jeunes adultes dont les revenus sont insuffisant pour avoir un logement autonome
- Sorties sèches d’institution : jeunes sortant de l’ASE
- Accueil communautaire de personnes primo-arrivantes sur le territoire.
Ces situations permettent de caractériser l’hébergement chez un tiers comme une situation de mal logement. Les personnes doivent se replier sur ces propositions à cause de fragilité et transformations sociales. La contrainte et la dépendance engendrent un rapport asymétrique entre l’hébergeur et l’hébergé, une dépendance autant matérielle qu’administrative ce qui détériore la relation.
L’enjeu des municipales
L’enjeu est de taille car, si toutes les communes ne sont pas touchées de la même manière par le mal-logement, toutes sont concernées. Les zones tendues classiques sont évidemment en première ligne, dans les grandes métropoles et en premier lieu en région parisienne, avec un développement du nombre de personnes sans domicile, un surpeuplement particulièrement fort, des taux d’effort accrus et des files d’attente qui s’allongent pour accéder au logement social. Pour autant, dans les zones peu tendues, voire en déperdition, en particulier le long de la « diagonale du vide » ou à la lointaine périphérie des métropoles, d’autres problèmes persistent : désertification des centres-villes, dégradation d’un bâti ancien éloigné des services publics, inadaptation des logements au vieillissement, absence de marché locatif et de parc social…
L’action locale est la plus à même d’apporter des réponses adaptées et démocratiquement élaborées. Quelles que soient les compétences des différentes collectivités, les futurs élus de mars 2026 auront fort à faire dans un contexte dégradé, marqué par la pénurie de foncier, la hausse des coûts de l’énergie et la rigueur budgétaire. La fondation consacre une partie de son rapport au scrutin et à ses conséquences sur les politiques de logement, avec des pistes d’actions concrètes :
Accueillir les personnes en détresse
Entre 2012 et 2025, le nombre de personnes sans domicile a augmenté d’environ 145 %, pour atteindre 350 000 aujourd’hui. Plutôt que de se déresponsabiliser face à ces situations de détresse humaine, les collectivités locales ont des marges de manœuvre pour faire respecter les droits fondamentaux des personnes à la rue. Le premier droit fondamental à respecter est tout simplement le droit aux pratiques de survie, notamment la mendicité. Cela implique de renoncer aux arrêtés « anti-précaires » que multiplient certaines municipalités et au mobilier urbain anti-SDF. Les municipalités peuvent également jouer un rôle positif en soutenant l’action des accueils de jour, portes d’accès aux droits des personnes sans abri. De même, la domiciliation permet d’avoir une adresse administrative pour y recevoir son courrier et jouir de ses droits. Ensuite, bien que l’hébergement soit essentiellement du ressort de l’État, il est primordial d’assister toute personne en danger de sans-abrisme sans se contenter de renvoyer la balle à d’autres acteurs. Il est possible pour une commune de mobiliser des bâtiments vides, comme à Rennes, à Marseille ou à Montpellier pour accueillir les personnes sans abri.
Engager sa ville dans une démarche logement d’abord
Parmi les outils à mobiliser, attribuer en priorité les logements sociaux sur sa commune aux personnes sans domicile est un bon début. Un autre outil est la captation du parc privé à vocation sociale, en soutenant les agences immobilières à vocation sociale et en démarchant les propriétaires. Un troisième levier est la résorption des bidonvilles par l’accès au logement plutôt que par l’expulsion. Par exemple, depuis fin 2021, l’État, la ville et la métropole de Montpellier, la Fondation pour le Logement et le secteur associatif local travaillent ensemble à l’émergence d’une stratégie de résorption des bidonvilles. Prenant le nom « Montpellier Zéro Bidonville », l’objectif est de résorber les 13 bidonvilles du territoire en proposant des solutions d’accompagnement vers un habitat adapté.
Mettre en place et faire réguler l’encadrement des loyers
Mis en place à Paris, Lille, Plaine Commune, Est Ensemble, Lyon et Villeurbanne, Montpellier, et bien d’autres, l’encadrement des loyers est une mesure populaire qui a fait ses preuves, plébiscitée par les villes qui l’ont testée et réunies au sein d’une « Alliance pour l’encadrement des loyers ». D’après un sondage Ipsos, réalisé en octobre dernier pour la Fondation, 87 % des Français se disent favorables à l’encadrement des loyers. À la veille des élections municipales, il est primordial que les candidats et candidates s’engagent pour contribuer à garantir la pérennisation de l’encadrement des loyers au-delà de son terme prévu en novembre 2026 et dès que possible le prolonger ou l’appliquer pour la première fois dans leur collectivité.
Réguler les meublés touristiques
La France est le premier marché du géant de la location Airbnb avec plus d’un million d’annonces estimées en août 2025. Toutefois, les règlements communaux se font de plus en plus créatifs et durcissent le ton face à la crise du logement qui s’aggrave de jour en jour, en s’emparant notamment des nouveaux outils prévus par la loi Echaniz-Le Meur de 2024. Sur un modèle inspiré de la Suisse, les communes peuvent désormais limiter la construction de nouvelles résidences secondaires. La nouvelle loi donne également la possibilité aux villes qui le souhaitent de limiter la durée de location d’une résidence principale à 90 jours par an contre 120 auparavant. Enfin, les parlementaires ont permis de donner une base légale à une pratique jusqu’ici contestée : l’instauration de quotas de locations touristiques par quartier, notamment dans les zones les plus fréquentées, comme à Saint-Malo ou Annecy.