Briser le tabou des mutilations sexuelles féminines
La rencontre a été animée par Soizic Paillou, chargée de projets et doctorantes, et introduite par Corentin Dufour, directeur de territoire. Ensemble, ils ont rappelé que cet événement s'inscrit dans un engagement fort pour l’égalité de genre, désormais inscrit comme une priorité absolue dans les orientations stratégiques de l’association. Face à cette réalité, l'association adapte continuellement son accompagnement sur le terrain.
Cette table ronde a réuni des expertes, des chercheuses, des professionnelles du droit et de la santé, ainsi que des militantes venues croiser leurs regards afin de donner des outils concrets aux acteur·rice·s de terrain.
Une réalité aux portes de nos structures
Comme l’a rappelé Isabelle Gillette-Faye, sociologue et directrice de la Fédération nationale GAMS, les MSF constituent de multiples violations des droits humains et de l’enfant. Qu'il s'agisse d'excision ou d'infibulation, ces pratiques entraînent des conséquences dramatiques pour la santé physique et psychologique des victimes.
Fatoumata Sylla, épidémiologiste et chercheuse à l'INSERM, a partagé les données les plus récentes sur le sujet. Selon l'Unicef, plus de 230 millions de femmes sont concernées dans le monde. En France, cela représente environ 1,2 % de la population féminine adulte. La répartition sur le territoire est toutefois très inégale : la moitié de ces femmes résident en Île-de-France, et 75 % d'entre elles vivent à Paris et en Seine-Saint-Denis. Les besoins d'accompagnement et de soins restent donc immenses pour les structures locales, notamment auprès des femmes qui viennent d'arriver en France.
Briser le silence : la force des récits
La matinée a été profondément marquée par la prise de parole de deux militantes majeures, dont les témoignages ont mis en lumière la violence de ces pratiques, mais aussi la résilience des femmes concernées.
Diaryatou Bah a retracé son parcours depuis sa Guinée natale, où elle a été excisée à l'âge de 8 ans puis mariée de force à 13 ans et demi. Après avoir fui son pays pour l'Europe et surmonté de nombreuses épreuves administratives en France, sa vie a basculé positivement lorsqu'elle a poussé la porte d’une mairie pour demander l'aide des assistant·e·s sociales. Devenue militante et auteure d'un ouvrage pour libérer la parole des femmes, elle résume cette enfance brisée par une phrase percutante :

Ramata Kapo, militante franco-malienne, a partagé une tout autre facette de ce traumatisme, ayant découvert son excision très tard, à l'âge de 16 ans, lors de son premier rendez-vous gynécologique. Elle a expliqué que sa sœur et elle avaient été excisées par leur grand-mère sans le consentement de leurs parents, illustrant ainsi le poids des traditions communautaires :
Pour ces militantes, le rôle de la sensibilisation reste crucial pour faire comprendre aux familles que, même si ces actes sont parfois posés par une volonté de protection culturelle, « par amour, ces mutilations doivent cesser ».
Les dispositifs de protection et les recommandations de terrain
Face à ces situations, les institutions et le corps médical s'organisent. Chloé Fiaschi et Anita Martins ont présenté l'action de l'Ofpra, qui veille à la protection des jeunes filles menacées grâce à un suivi médical obligatoire.
Sur le plan de la santé, l’unité spécialisée « Réparons l’excision » de l’hôpital André-Grégoire à Montreuil, coordonnée par Nina Tunon de Lara, propose désormais une prise en charge complète (médicale, psychologique et sexologique) entièrement remboursée par la Sécurité sociale. La chirurgie reconstructrice n'est cependant pas systématique : elle doit être un choix réfléchi pour permettre aux femmes de se réapproprier leur corps.
Enfin, la table ronde a permis de dégager des pistes d’action essentielles pour les travailleur·se·s sociaux et les accueillant·e·s en structure d'hébergement :
- Stabiliser le logement avant tout : Diaryatou Bah a alerté sur le danger d'orienter immédiatement les femmes vers des parcours de soins médicaux lourds alors qu'elles n'ont pas encore de logement stable. La priorité reste la mise à l'abri.
- Respecter le rythme et instaurer la confiance : évoquer ces traumatismes est douloureux ; il ne faut pas forcer la parole et il faut garantir une confidentialité totale.
- Se former de manière continue : les intervenant·e·s sont invité·e·s à se former et à s'appuyer sur les associations spécialisées, comme la Fédération nationale GAMS, pour mieux orienter et accompagner.
En conclusion, cette matinée a rappelé l'importance d'unir les forces associatives et médicales pour accompagner ces femmes qui sont, avant tout, les actrices de leur propre avenir.

